[L] La Dague du Démon: Chapitre 1 | Partie II - Condamnation

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[L] La Dague du Démon: Chapitre 1 | Partie II - Condamnation

Message par Yronusa2000 le Dim 20 Aoû - 23:46

Et Dieu que j'avais eu raison.


« La torture est l'art de détruire l'âme autant que le corps »

Dans mon cas, c'était plus mon âme.
La première fois où l'ex-reine était venue me torturer, je pensais assister à une exécution.
Comme pour celles-ci, sept gardes étaient présents, et m’emmenèrent hors de ma "Prison-Fleur", telle que je l'avais baptisée. J'étais heureux sur le moment, je ne peux le nier : enfin, mes souvenirs cesseraient de me hanter. Ils faisaient une boucle permanente qui, à chaque passage, me faisait un peu plus souffrir. Mère qui me renie. Sœur qui naît. Qui est gâtée. Mes réflexions avec Tristan. La salle du trône. Mère. Sœur. Gâtée. Réflexions. Trône. STOP !
Stop... Encore et encore, ils revenaient. Même ce que je croyais être ma mort me semblait être un doux réconfort. Par miracle, elle toquait au tronc creux même de ma prison.
La mort m'avait toujours intrigué. Comme tous les elfes, je croyais en Leörn, du moins, j'étais censé le faire, mais rien ne m'avait jamais garanti qu'elle existait ou même avait existé. Comment baser ses croyances, sa vie entière, sur quelque chose d'intangible et d'invisible ? Au moins aurais-je une réponse dans peu de temps.
J'aurais menti si j'avais dit que je n'étais pas effrayé par la mort. L'absence de vie, le vide, le Néant.

J'eus un petit rire dénué de toute joie lorsque je repensai à ses souvenirs...
Ma naïveté n'avait d'égal que ma faiblesse : comment avais-je pu croire, et même espérer, que Sœur se contenterait de me laisser rejoindre nos ancêtres dans la paix ? J'étais si loin de la réalité... Si loin...


"Sans marbre, nous mourons, Laffan. Si nous sommes trop éloignés d'une source de cette précieuse pierre, notre corps ne peut fonctionner correctement et nous mourons."

Tout elfe à conscience de ces mots dès son plus jeune âge : l'absence de marbre, c'est la mort. Quelle ironie, le marbre nous permettait de vivre, et pourtant, c'était à l'instant ce qui me torturait.
Ma sœur, un sourire diabolique sur le visage, récupéra mon morceau de marbre, et le brisa sous son talon. Un flot de douleur envahit mon corps, je souffrais de plus en plus, la douleur était insoutenable. Cela ne dura pas. Quelques minutes plus tard, l'ex-reine me jeta un nouveau morceau au visage, le précédent ayant été balayé et jeté par un de mes gardes. La douleur ne s'amplifiait plus, mais elle restait présente : les larmes qui commençaient à me monter aux yeux furent repoussés par la précieuse roche.
Elle fit ça sept fois, sept fois ! La douleur devenait tellement omniprésente... La privation était telle que l'ennui couplé à la douleur me poussèrent à compter le temps nécessaire avant de recevoir un nouveau marbre : sept minutes.
Pendant des heures et des heures... Ça n'était plus possible. Je ne voyais plus le temps passer. Les gardes et tortionnaires se succédaient, mais toujours, elle assistait à mes séances... Jusqu'au jour où elle cessa tout bonnement de venir.
Alors, je crus que c'était terminé. Que c'était la dernière séance, puis que je serais tué ou relâché...
J'avais encore une fois tort.
Elle ne désirait pas me voir souffrir, le seul fait de penser que j'étais en train de vivre un enfer la réconfortait.
La douleur, plus qu'insoutenable, commençait à prendre le contrôle. Les mots se mélangeaient, mon esprit ne résonnait plus, toute logique, peu à peu, quittait mon corps
Toujours plus de douleur était nécessaire pour que je sois "purgé de toute faute" ?!
Oh, par pitié, la douleur n'est rien...
Non. C'était... C'était cette solitude. Ce vide. Ce néant. Nihil. Le fait de ne ressentir que douleur et rien d'autre, que celle si me dirige, me dise quoi faire, quoi penser, quoi ressentir !
Cette solitude, qui me mine de l'intérieur ! Qui affame petit à petit mon corps !
Cette solitude, qui me regarde de haut, me traite comme du bétail qu'on exécute pour sa chair, qui m'utilise comme hôte pour se multiplier et implanter ses racines dans mon esprit !
 Cette solitude !
Cette solitude,  vide, néant, désert total, Nihil en mon propre sein !

Un autre sourire passa brièvement sur mon visage. Mais c'était cette fois un réel sourire, comme je n'en avais pas connu depuis bien longtemps... Mon visage, mes muscles faciaux, qui étaient depuis bien longtemps déshabitués à effectuer cette action, s'étirèrent pour former une immonde courbe qui ressemblait plus à la gueule d'un poisson carnassier qu'à un signe de joie.
Et c'est à partir de ces mots que mon paradis commença. Que mon enfer prit fin.
C'est à parti de ces mots que ma folie commença. Que mon humanité prit fin.
C'est à partir de ces mots que nihil prit le contrôle de mon esprit...


Nihil.
Quel mot magnifique.
Il sera mon guide.
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Yronusa2000
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